L'écosystème de l'intelligence artificielle est en pleine effervescence, et la Chine s'affirme plus que jamais comme une superpuissance incontournable. Des démonstrations spectaculaires de robots humanoïdes aux lancements de modèles de langage toujours plus puissants, les dernières semaines ont été riches en annonces. Cet article décrypte les avancées majeures qui redéfinissent les frontières de la technologie et intensifient la compétition mondiale.
Le Gala du Nouvel An lunaire en Chine, l'un des événements télévisuels les plus suivis au monde, a offert une vitrine saisissante des progrès de la robotique chinoise. Loin des images de robots maladroits qui avaient pu circuler par le passé, le public a assisté à des démonstrations d'agilité et de précision bluffantes. Des robots humanoïdes, notamment ceux de la société Unitree Robotics, ont exécuté des chorégraphies complexes, des mouvements de kung-fu et même des saltos arrière avec une fluidité déconcertante .
Cette performance marque un tournant symbolique, mais elle est surtout le reflet d'une avance industrielle bien réelle. Selon une analyse de Barclays, la Chine représentait déjà plus de 85 % des installations de robots humanoïdes dans le monde en 2025. Cette domination s'appuie sur plusieurs piliers stratégiques :
•Une chaîne de valeur intégrée : De l'extraction des terres rares à la fabrication des batteries et des composants de haute précision, la Chine maîtrise l'ensemble du processus de production.
•Un soutien gouvernemental massif : Des politiques proactives et des investissements conséquents stimulent l'innovation et la production à grande échelle.
•Une compétitivité-coût agressive : Grâce à cette intégration et à l'échelle de production, des entreprises comme Unitree peuvent proposer leur robot G1 à un prix public d'environ 13 500 $, un tarif qui défie toute concurrence occidentale pour une technologie de ce niveau.
Le PDG d'Unitree a d'ailleurs affiché des ambitions claires, visant entre 10 000 et 20 000 livraisons pour la seule année 2026. Si les analystes soulignent que la véritable valeur économique se mesurera à la capacité de ces robots à exécuter des tâches complexes et non structurées dans le monde réel, cette démonstration de force prouve que la Chine n'est plus un suiveur, mais un leader dans la course à la robotique humanoïde.
La guerre des modèles de langage s'intensifie.

En parallèle de la robotique, la compétition sur les grands modèles de langage (LLM) fait rage. Les entreprises chinoises rivalisent d'ingéniosité pour développer des modèles qui non seulement égalent, mais parfois surpassent leurs concurrents américains sur des critères spécifiques.
Le géant du e-commerce Alibaba a lancé Qwen 3.5, un modèle fondamentalement multimodal capable de traiter du texte, des images et même des vidéos. Il peut, par exemple, analyser le contenu de deux heures de vidéo pour en extraire des informations pertinentes. Conçu pour l'ère des "agents IA", Qwen 3.5 est pensé pour s'intégrer profondément à l'écosystème d'Alibaba, ouvrant la voie à des assistants d'achat intelligents, des services client automatisés et des outils de création de contenu pour les vendeurs de la plateforme .
La startup DeepSeek, qui avait déjà secoué l'industrie avec ses modèles de codage performants, s'apprête à lancer DeepSeek V4. Bien que non officielle, une fuite de code a révélé des spécifications impressionnantes : un modèle atteignant potentiellement 1 trillion de paramètres, une fenêtre de contexte de 1 million de tokens et une architecture mémoire révolutionnaire baptisée "Engram". Cette dernière permettrait une récupération d'information quasi instantanée, réduisant drastiquement les coûts de calcul et améliorant la précision sur de longs contextes. Ces avancées positionnent DeepSeek V4 comme un concurrent très sérieux des modèles de pointe comme GPT-4, notamment pour les tâches de génération et de compréhension de code .
Valorisée à plus de 10 milliards de dollars, la startup Moonshot AI a fait sensation avec Kimi K2.5. Ce modèle, dont les poids sont ouverts (open-weight), se distingue par sa capacité à fonctionner en "essaim d'agents" (Agent Swarm). Il peut décomposer une tâche complexe en de multiples sous-tâches et les assigner à une centaine de sous-agents qui travaillent en parallèle. Cette approche, entraînée via une nouvelle technique de renforcement (PARL), permet de résoudre des problèmes complexes plus rapidement et plus efficacement, notamment pour la recherche d'informations et l'analyse de données .
Au-delà de la course à la puissance brute, la tendance est à l'intégration de l'IA dans nos outils du quotidien pour en faire de véritables assistants proactifs.
La plateforme d'agents autonomes Manus est désormais accessible directement depuis l'application de messagerie Telegram. Les utilisateurs peuvent lancer des tâches complexes — recherche approfondie, analyse de documents, génération de code, etc. — par un simple message texte ou vocal. L'agent Manus exécute alors la tâche en arrière-plan, utilisant ses différents outils, et livre le résultat directement dans la conversation. Cette intégration vise à rendre l'IA plus accessible et contextuelle, disponible là où les utilisateurs communiquent déjà .
La startup Genspark a lancé une fonctionnalité particulièrement innovante : "Call for Me". Cet agent IA, qui s'appuie sur l'infrastructure de communication de Twilio, est capable de passer de véritables appels téléphoniques pour le compte de l'utilisateur. Il peut ainsi prendre un rendez-vous, se renseigner sur une commande ou réserver une table dans un restaurant, en gérant la conversation de bout en bout et en fournissant un résumé à l'utilisateur. Ce service, disponible dans plus de 40 pays et en plusieurs langues, illustre parfaitement la transition d'une IA textuelle à une IA capable d'agir concrètement dans le monde réel .
Les récentes avancées, qu'elles viennent de Chine ou d'ailleurs, dessinent clairement les contours de la prochaine vague de l'intelligence artificielle. Moins un simple outil de génération de contenu, l'IA devient un agent, capable d'exécuter des tâches complexes de manière autonome. Elle devient également incarnée, prenant corps dans des robots humanoïdes qui promettent de transformer le travail physique. Cette convergence entre l'intelligence logicielle et la performance physique ouvre des perspectives vertigineuses, mais soulève aussi des questions profondes sur l'avenir du travail, la souveraineté technologique et la place de l'humain dans un monde de plus en plus automatisé. Une chose est sûre : la course ne fait que commencer.
[3] NxCode. (2026, 17 février). DeepSeek V4: Everything We Know About the 1T-Parameter Coding Model.